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Qu’il soit permis d’introduire le film de
Johanna Vaude par une petite indication lexicale. Le dictionnaire
d’Émile Littré, positiviste du XIXe siècle et grand penseur de la
langue, donne deux sens au terme “exploration”. Le premier, qui a à
voir avec la découverte de territoires inconnus, nous est familier. Le
second est emprunté au vocabulaire médical. Le médecin procède à une
exploration lorsqu’il examine les symptômes d’une maladie ou cherche à
découvrir un ulcère. Ce n’est sans doute pas un hasard, donc, si
Johanna Vaude en appelle, dans cet exercice d’hybridation qu’est Exploration, à l’imagerie scientifique et médicale.
Le
mouvement que la cinéaste plasticienne veut accomplir en se proposant
un tel point de départ est vaste. Il s’agit en effet de passer du
microscopique au macroscopique, et de donner à voir, en un sens, une
certaine polymorphie de l’abstraction, toute contradictoire que cette
expression puisse paraître. C’est une chose en effet que d’être
abstrait parce que trop minuscule pour être observé dans l’immédiateté
de sa présence, et c’en est une autre de l’être parce que l’immensité
(de l’espace étoilé notamment) fait disparaître les formes sur
lesquelles nos yeux s’ouvrent quotidiennement. En accomplissant ce
mouvement qui va des cellules aux étoiles, Johanna Vaude nous fait
passer, par des images pyrotechniques et explosives, associées à une
bande-son où s’entend la pulsation même du film, à cette fiction que la
science n’a cessé de nourrir, confirmant, après Samouraï et De l’Amort, que son œuvre, avec son exigence singulière et son sens de l’épreuve, se doit comprendre comme un hommage au cinéma de genre.
Il
faut distinguer encore la dimension des larmes qui secrètement habite
le verbe explorer. Selon Littré encore, son étymologie latine – ex-plorare
– y invite. C’est une manière de confirmer que dans l’exploration, il y
va de nos yeux et de notre regard. Les pleurs coulent et franchissent
une distance. Exploration, où la liquidité a
une place manifeste, est pareillement un long écoulement, et s’efforce
de suggérer quelque chose comme une rencontre qui soit, comme toute
rencontre peut le devenir, puissance d’engendrement et de nouveauté,
comme telle déchirante. Il est beau que nous puissions y voir une
allégorie de la pratique cinématographique, grandie, possiblement, de
la lucidité des larmes.
Exploration, 2006, mini dv, couleur, 18 mn 45.
Réalisation et son : Johanna Vaude.
"Exploration de Johanna Vaude" par Rodolphe Olcèse in Bref #81- Janvier-avril 2008 , p.60
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